Qui veut la peau de la carte ?

En 2011, pour la 2e année consécutive, le nombre d’encartés a baissé (37.286, soit 129 de moins qu’en 2010, et on passe sur la précarisation …). Mais tout le monde s’en fout ! Le seul non renouvellement de carte de presse qui buzze est celui « infligé » à Laurence Ferrari, animatrice sur D8…Entre guillemets « infligé », parce que Ferrari rit ! Sa co-animatrice Audrey Pulvar, elle, assume son nouveau métier : l’infotainment  (on l’imagine : il consiste à ne choisir que des infos rigolotes… pas les catastrophes déprimantes !). Elle a raison Audrey, ce n’est pas, pour le moins, un choix naturel pour un journaliste !, et elle n’a donc pas à propos demandé le renouvellement de la sienne.
Au risque de passer pour conservatrice ou rétrograde, la carte, j’y crois, j’y tiens. Et au risque de paraître un tantinet paranoïaque, voici quelques motifs de colère en vrac :

– d’abord, il n’est venu à l’idée d’aucune des deux de profiter de ce buzz pour défendre, même une seconde, la liberté d’expression (c’est vrai, à quoi bon, elle va si bien..) et en profiter pour lancer le débat sur la difficulté croissante d’exercer ce métier attaqué de toute part. Merci les copines !

http-::tempsreel.nouvelobs.com:medias:20130301.OBS0546:roselyne-bachelot-veut-sa-carte-de-presse.html (c) VILLARD:SIPA
– Cette «  polémique » prend aussi des airs assez nauséabonds de règlement de compte. Canal + défend D8 (à bon, pourquoi ?!) et vice-versa. Sur le plateau du Petit Journal, Laurence Ferrari et Yann Barthès s’auto-réconfortent comme deux victimes d’un même bourreau (le Petit Journal a eu maille à partir avec la Commission de la Carte d’Identités des Journalistes Professionnels – CCIJP- en janvier 2012). Et de laisser planer sur le plateau ce terrible soupçon : la Commission de la Carte en voudrait-elle au groupe Canal + ? Sans jamais nous éclairer sur les conditions d’attribution – parmi les critères examinés par la CCIJP figurent l’activité du demandeur et le type d’entreprise qui l’emploie -, sans analyser sa composition – 8 représentants des employeurs, 8 des journalistes professionnels -, sans argument en somme, et plus grave, sans jamais exposer le point de vue de la CCIJP, ils s’érigent, en toute puissance, comme floués dans ce qu’ils semblent considérer comme un droit. Mais, implacable logique du boomerang, et vos devoirs ?

– Cependant le pire semble à venir : en peopolisant le débat, ils participent, selon moi, à une vaste entreprise de décrédibilisation. Le « précieux sésame » , le « privilège », j’en passe et des meilleurs : la carte de presse est décrite comme un coupe-queue le dimanche au musée et un passe droit fiscal acquis.
Circonstance aggravante aujourd’hui, la carte est « volée » à des femmes ! La presse « féminine » est vent debout…Il faut dire que le handicap d’en être dépourvu est réel, si l’on en croit le rédacteur en chef de l’Express, Renaud Revel : « Comme je l’écris dans mon livre – vous le trouverez bien  tous seuls !, ndlr –, on continue à penser, aujourd’hui dans les rédactions, qu’une jolie femme munie d’une carte de presse est sans doute plus efficace sur le terrain et dans les coursives de la politique qu’un confrère masculin », le 7 juin 2013. Wahou, c’est progressiste un service politique !, ou c’est juste l’Express…Cela constitue-t-il un des fameux « abus » dénoncés par la CCIJP qui « en conséquence (de leur recrudescence, ndlr) croit utile d’attirer l’attention de tous les intéressés sur les textes législatifs en vigueur ».
En riant, en la moquant, la méprisant, les Grandes 8 & Co minorent le rôle de cet instrument pourtant essentiel du droit de la presse, le rendent accessoire (même plus à la mode!). Quel dangereux mépris ! Contre-poids immédiat : « Tout au long du voyage, j’ai sorti ma carte de presse pour pouvoir passer rapidement et même ouvrir la voie à ceux qui m’accompagnent », Faten Hayed, envoyée spéciale du quotidien algérien El Watan « Sur la route de la désolation » dans le Nord du Mali (publié le 07 juin 2013). Et pendant ce temps-là…au Burundi, des journalistes se battent pour leur liberté.

Comme d’hab’, Les Guignols de l’Info (un nom qui raisonne dans ce débat) limitent les dégâts et s’entartent Roselyne Bachelot. « Le pire n’est pas qu’ils enlèvent la carte de Laurence Ferrari mais qu’ils la donnent à Roselyne Bachelot »…Ce serait comme le coup de grâce à un mourant ! Joyeuse perspective…On se pend tout de suite ? Juste encore une minute : sur twitter pour me détendre, j’ouvre un post de Pierre-Philippe Cormeraie (@ppc via @ClaraSchmelck et @Sbajos)  : les 50 journalistes les plus influents. Et là, le coup de grâce : numéro 1 Nikos Aliagas – Laurence Ferrari est 9e, moins bien que Jean-Marc Morandini, 5e mais ça ne suffit plus à me faire sourire !

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