Business Reporters Bashing

Dans « la Fabrique de l’information économique » de Jean-Marie Charon (J.M.-C.), errent d’étranges créatures. Au fil de son rapport, le premier publié le 22 mai par l’Idies, il esquisse le portrait-robot du journaliste économique : mal formé, paupérisé, instrumentalisé, ce parfait looser en somme ne comprend rien, ne doute de rien…mais ça ne fait rien !, personne ne le croit puisque personne ne le lit…Couché panier! La violence de l’attaque pour les non masochistes est telle qu’elle impose une réponse, un premier post un peu énervé.

En résumé, les journalistes économiques by J.M.-C. font mal un métier que tout le monde s’accorde à juger indispensable à la bonne marche d’une démocratie mondialisée, où les homo economicus que nous sommes tous devenus survit, à la merci des méchants fabricants. Ils seraient au moins aussi utiles qu’un veilleur de nuit honnête !

PathéMarconi-années 50-anonyme©DR

Parmi les 5 raisons du naufrage de l’information économique énumérées par le sociologue des médias, ils payent cher :

– d’abord, ils ne pipent rien ! « Ce déficit de formation peut les handicaper quand il s’agit de lire les comptes d’une entreprise, de comprendre les mécanismes d’une restructuration ou les subtilités du droit du travail », sic. Je me souviens d’un temps où, joyeux lurons, nous interpellions le directeur financier de la BNP sur le bien-fondé de ses provisions ligne à ligne! C’était il y a plus de 20 ans.
Certes, comme J.M.-C., nous pourrions arguer comme élément aggravant à cette impuissance de la professionnalisation des services de communication des entreprises. Des hordes de relations-investisseurs, communicants de tout poil, lâchés, la mauvaise foi en bandoulière, à l’assaut de pauvres journalistes démunis…brrrrr…Mais serait-il possible que leur « poids considérable » résulte moins d’une volonté manifeste de contrôler la presse que de l’obligation de respecter de nouvelles réglementations, obtenues pied à pied par les autorités et la société civile, ce qui ferait de leur inflation un signe plutôt positif ?
Quoiqu’il en soit, n’est-ce pas un peu gonflé, et peut-être même assez absurde, de reprocher à un journaliste économique de ne pas être tour à tour, alternativement, dans l’ordre ou le désordre, comptable ? Banquier d’affaires ? Avocat ? Et puis la nuit trader et le week-end, vigneron…Rubricard oui, mais professionnel à la place des professionnels, non. Pour paraphraser Emmanuel Levinas, les journalistes ne sont-ils pas tous des disciplines de la Question ? Polymorphes par essence ? Un jour le boucher, le lendemain le député…Que nenni, semble répondre J.M.-C. : « le recours à des experts extérieurs (…) se généralise pour compenser le manque d’expertise interne aux rédactions ». Donc la météo tu présentes, météorologue, tu seras !

– Ensuite, ils sont mal cornaqués selon J.M.-C., pour qui les rédactions en chef, handicapées chroniques de l’info éco, privilégient parfois « les sujets perçus comme les moins complexes ». Et c’est là que la goutte d’eau chut…
Ce raisonnement conduit inexorablement à la conclusion facile : mettons des chefs d’entreprises, des financiers, des économistes à la tête des rédactions, « eux au moins ils sauront de quoi ils parlent », dira le café-comptoir-calva. Une pensée pour Nice Matin et La Provence…Et cette logique est d’autant plus surnoise qu’elle désert la cause qu’elle semble promouvoir : si l’économie ne supporte, au sein même des rédactions, que l’expertise de spécialistes – comme en témoigne la préemption de la média-parole divine par quelques économistes stylisés, relevée par l’auteur -, alors elle ne serait pas démocratisable ? Comment alors serait-elle décryptée, appréhendée, maîtrisée par l’homo economicus lambda, au bout du poste ? Grâce aux dons analytiques et pédagogiques des comptables ?!

– Enfin, coup de grâce de J.M.-C. : l’info va trop vite pour les journalistes éco ! Son traitement s’accélère. « Quand une information nécessite d’être traitée dans l’urgence (n’est-ce pas toujours le cas ?, ndlr), les journalistes spécialisés sont généralement court-circuités par les reporters de terrain qui enchaînent les sujets sans préparation, ni connaissance des données de base ». Bon, donc, FBI, CIA, pas un pour rattraper l’autre, la guéguerre des nazes…

– Ainsi, ce n’est qu’à la fin que le sociologue interroge les modèles économiques des médias. Et là non plus, il n’y va pas par quatre chemins : « la perte des ressources publicitaires met en péril l’autonomie du travail journalistique, poussant les directions de rédaction à être davantage à l’écoute des alertes des régies publicitaires ». Wahou ! Ignorants et vendus…C’était pas leur jour…Et puis c’est bien connu, à l’inverse, beaucoup de pubs est un gage de « l’autonomie du travail journalistique ».
Or, avant de tomber à bras raccourcis sur des journalistes déjà à terre, n’aurait-il pas été plus pertinent de commencer par là, par la toute première des questions : qui a intérêt à une information économique libre ? Ceux-là sont-ils aux manettes aujourd’hui ? Qui est prêt à payer pour que soit produit ce bien collectif ? Alors, nous nous sommes replongés aussi sec dans le livre passionnant « Les patrons de la presse nationale. Tous mauvais », de Jérôme Stern, à… « La Fabrique ».

J.M.-C., nous vous prions de bien vouloir nous excuser, nous n’avons pas dépassé le résumé. Un flash paranoïaque nous a stoppés net : pour qui travaillez-vous, Monsieur Charon ?

Idies rapport 2013

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :